Giordano Bruno (1548-1600) Rome, Campo dei Fiori
Nous sommes plus vieux que nos ancêtres; notre carrière est plus longue que la leur, au moins en ce qui concerne certains jugements, comme c’est le cas dans le propos que nous discutons. Il ne se peut pas que le jugement d’Eudoxe, vivant peu de temps après la renaissante astronomie, ressuscitée peut-être avec lui, ait été aussi avancé que celui de CalIippe qui a vécu trente ans plus tard et qui pouvait, au cours des année ajouter des observations à d’autres observations. Pour la même raison, Hipparque devait en savoir plus que CalIippe, puisqu’il a connu le développement (astronomique) qui s’est opéré pendant cent quatre-vIngt-seize ans, depuis la mort d’Alexandre. (De même) Ménélaüs, géomètre romain, qui a étudié les divers mouvements (des astres) quatre cent soixante-deux ans après la mort d’Alexandre, devait normalement posséder plus d’Informations qu’Hipparque. Plus (encore) en devait savoir Mahomet Haracens mille deux cent deux ans après sa mort. Davantage, enfin, en a vu Copernic, presque notre contemporain, lui qui a vécu) mille huit cent quarante-neuf ans après la même date. Mais que certains, vivant à ses côtés, ou que la multitude des hommes actuels, n’aient pas été plus attentifs que ceux qui les ont précédés et n’aient pas eu plus de pénétration, cela provient de ce que les premiers ne vécurent pas et les seconds ne vivent pas les années pensées par d’autres hommes; et ce qui est pire, les uns et les autres ont vécu, comme s’ils étaient des morts, le temps qui leur était dévolu.
Giordano Bruno, Le Banquet des cendres (1584)